samedi 21 février 2009

Syrie, mode d'emploi...

Pour ceux qui en douteraient encore, et pour conforter les autres voici quelques conseils pratiques pour une virée en Syrie.
Notre itinéraire tout d'abord, on a commencé par le théâtre de Bosra, puis Damas, les ruines de Palmyre, Deir ez Zur (on n'est finalement pas allés voir les vestiges mésopotamiens à la frontière irakienne, pour cause de tempête de sable). On est ensuite allé à Alep avant de redescendre vers Hama, Homs, le Krak des chevaliers pour nous retrouver aujourd'hui à Tartous, sur la côte, avec le soleil. Cela fait environ 1500 km au total.

Dans l'ensemble cet itinéraire permet d'aborder les principaux sites historiques du pays. On a tout fait en bus en utilisant pas mal de "serviss"pour les petits trajets. Ce sont des minibus de 15 places partant une fois pleins (c'est beaucoup plus rapide qu'en Afrique, entre 1 et 15 minutes). On paye sa place en faisant passer des sous jusqu'au chauffeur, et la monnaie revient aussitôt. Ces mini bus sont petits, et conviennent bien à condition d'avoir peu de bagages comme nous. On peut aussi les héler du bord de la route.
Pour des trajets inter-urbains, on prend des "Pullman" (grands bus de 50 places) : départ à heure fixe, petits bonbons et verres d'eau à bord, sans oublier les films ou les clips sur les télés !
L'inconvénient est d'avoir à garder les rideaux fermés pour mieux voir la saloperie de télé !
Pour ceux qui voudraient un luxe encore plus ostentatoire, préférer les "Pullman VIP" à 3 sièges joufflus par rang pour un surcoût de 50% environ.
On a aussi fait du stop avec plus ou moins de fortune ; pour quitter des sites touristiques comme ce matin, on s'est fait enfler... pas grand chose, mais cela ne ressemble pas aux Syriens habituellement rencontrés qui d'autres fois nous ont offert à manger ou à boire...
Les taxis urbains n'ont pas de compteur mais les courses coûtent 50 livres (0.7 Eur), un peu plus à Damas. Ils pullulent et il n'y a qu'à lever le bras pour en arrêter un, qui sera toujours arrangeant !

Pour ce qui est des hébergements on a connu diverses fortunes. Les moins chers sont dans les petites villes, comme Hama ou Palmyre (10 euros environ). A Alep ou Damas, compter 20 euros et 30 euros à proximité directe du Krak des chevaliers. La qualité des piaules est globalement bonne pour le prix,même relativement meilleure pour les moins chers.

La nourriture vient à profusion dans les rues le plus souvent sous forme de galettes roulées aux felafel (beignets de pois chiches) ou au kebab (brochettes grillées). On trouve aussi des shawarma (poulet grillé à la broche comme les kebabs que l'on trouve en France).
Lorsque l'on peut s'y asseoir, ces sandwichs sont servis avec une petite assiette de pickles et légumes coupés.
Pour ce qui est des restaurants à proprement parler, on en a essayé quelques uns, certains très bons, ils ne servent cependant pas de vraie cuisine syrienne "familiale" mais seulement des mezze, petits plats froids ou chauds. Nos voisins de tables syriens y ajoutent des pizzas dégoulinantes de fromage ou des escalopes pannées.
Enfin on trouve en ville des lounge-cafés : luxe, volupté et canapés, l'ambiance est cependant très guindée et morne, rien à voir avec les cafés à narguilé qui débordent de vitalité, de musique mais aussi de fumée.
Dans cet éventail, on mange ou on boit avec des notes qui s'étalent de 0,5 à 15 euros (pour 2).

Tout ceci est alléchant me direz vous et il faut toujours y ajouter la gentillesse et la courtoisie de tous ici.

Olive

mercredi 18 février 2009

Cher président III

On a toujours un peu de mal à comprendre : tout le centre de Hama a été détruit en 1982 par Al Hassad père, plus de 25000 personnes ont été tuées ici et pourtant aujourd'hui le portrait de son fils est affiché partout dans la ville reconstruite. (vous pouvez faire des recherches dans votre mémoire ou sur internet sur les "massacres de Hama" en février 1982...)

C'est en discutant avec nos trois hôtes d'Alep qu'on a pris le pleine mesure de ce à quoi la vie peut ressembler sous un régime dictatorial. Bien sûr il y a ce qu'on avait lu avant de partir, les rapports d'amnesty international, le nombre des disparus, etc. Raccroché au réel, ça prend une autre dimension.
Pour surfer sur internet, les Syriens doivent aller dans des internets café où ils présentent leur papier d'identité et les sites qu'ils consultent sont enregistrés et contrôlés.
Les journaux étrangers sont interdits et les journaux locaux "sont bons pour faire le ménage".
Il y a bien sur des bidouilles pour transgresser les interdits (ultrasurf.com, les antennes paraboliques ouvertes sur le monde...), mais ce n'est pas sans risque : régulièrement des internet café ferment.
Il n'y a ainsi aucune réelle opposition au gouvernement, aucun débat. Tout le monde s'en tient au discours du cher président et affiche sa tronche de cake partout. Les tortures, les emprisonnements ont été nombreux dans les années 80 (et encore aujourd'hui dans une moindre mesure), à Hama comme dans l'ensemble du pays ; dans chaque famille, il y a des histoires sordides. Pourtant ce sont des faits qui ne se racontent que dans le cercle familial.

Sur le plan économique, ce n'est pas mieux. Seuls les pays "amis" sont des partenaires économiques en dépit des intérêts économiques réels du pays. Des pans entiers de l'économie sont dépendants de partenariats étrangers qui peuvent cesser du jour au lendemain. Les investisseurs français sont bien placés (gestion du port de Lataquie, Total exploite presque tout le pétrole de Syrie, projet de production d'énergie solaire à Palmyre...). Certains produits sont interdits, le coca pour le plus symbolique, mais aussi certains médicaments (qui sont alors contrefaits illégalement). Par contre presque toutes les marques de cigarette sont présentes...

Notre expérience de ce matin pour faire prolonger nos visas nous a donné un autre aperçu de la réalité de la vie de tout les jours sous le régime de ce cher président.
Autant dire qu'au bout du compte, on ne trouve plus ça très rigolo de vous ramener des autocollants de sa tronche de cake...

Claire

Cher président II

Ce matin, au bout de 14 jours de Syrie, il nous a fallu aller aux bureaux de l'immigration faire prolonger notre visa...
Dès 8h15, on était partis, armés de nos passeports et de nos 4 photos pour aller tester l'administration syrienne, et on n'a pas été déçus !
Le fonctionnaire du bureau des étrangers a très longuement et soigneusement fouillé nos passeports, à la recherche entre autres de visas ou de traces israéliennes (ils l'avaient déjà fait au consulat à Paris, et lors de notre entrée dans le pays, mais bon, 3 précautions valent mieux qu'une...). Au bout d'un moment il nous a fait comprendre qu'il fallait attendre le chef pour la suite.
Le chef a fini par arriver, tranquille Mimile, encore débraillé, et nous a précisé qu'il nous fallait une 5ème photo (ça tombait bien, les photos d"identité vont par 8 ici) et un certificat de séjour de notre hôtel...
Demi tour donc, et notre hôtelier nous a fait 2 belle lettres tamponnées en marmonnant contre cette bureaucratie...
De retour au bureaux de l'immigration, le chef qui avait passé son costume a pu entreprendre d'instruire notre dossier, en remplissant un premier formulaire avec nos noms, prénoms, qualités et antécédents transcrits en arabe (je ne sais pas ce que sont devenus les mots Crassous, artisan, Françoise ou Olivier lors de cette arabisation, mais ça doit être folklo...!
Il m'a ensuite emmené vers un autre bureau pour faire photocopier ces 2 documents 3 fois , acheter 2 timbres fiscaux (de la valeur d'un café en ville), et là j'ai commencé à comprendre qu'il allait falloir jouer des coudes pour revoir apparaître ma liasse de documents qui avaient déjà reçu pas mal de coups de tampons et s'étaient vu agrafer quelques récépissés. C'est revenu finalement plus facilement que je le craignais. Il m'a fallu ensuite aller aux "archives" où ils ont passé nos passeports à la moulinette informatique, et je doute fortement que leur ordinateur ait pu trouver quoique ce soit, comme nos agissements illicites sur internet, tellement leur vieux tromblon avait l'air poussif...
De retour dans le bureau du chef, avec un nouveau tampon, il a soigneusement collé nos photos d'identité, il a entrepris de re-rédiger un nouveau formulaire, plus solennel celui là, à destination du Général en charge du service.
Cela nous a laissé pas mal de temps pour observer les bureaux alentours : des piles de dossiers étaient entassés jusqu'au plafond, d'autres attendaient un classement faute de place... des dizaines de m3 de formulaires, récépissés, facturettes mises en liasses numérotées et liées entre elles dans de petits ballots informes !
Et ce fut l'heure du Général ! Il m'a fallu aller en personne dans le bureau du Général qui était alors occupé à ses affaires courantes, à savoir thé, télé et potes autour de lui dans son grand bureau stalinien. Après les Salamaleks d'usage il a signé sans sourciller mes 2 formulaires.
Retour une nouvelle fois dans le bureau du chef où il a entrepris d'apposer les tampons tant désirés sur nos passeports. Pendant que le sous-fifre commençait l'archivage de nos 2 liasses à grands coups d'agrafeuse et d'élastiques ; il a soigneusement apposé 3 ou 4 tampons, gaspillant au passage une page du passeport... et c'était 20 nouvelles minutes qui s'envolaient !
Cerise sur le gâteau enfin, on est retourné chez le Général (cette fois-ci Claire est venue, elle n'avait pas eu le droit jusqu'à lors de faire autre chose que d'attendre...)
Et on a donc présenté nos passeports tamponnés pour qu'il puisse y apporter une molle signature.... 
3 heures que cela nous a pris !

Olive

mardi 17 février 2009

Décalage horaire

Il y a en fait une seule heure de décalage entre la France et la Syrie ; pourtant ces trois derniers jours passés chez trois internes en médecine d'Alep (notre seconde expérience de couchsurfeur), on a eu un peu de mal à mettre nos montres à l'heure !!
Le premier jour, Kinan nous a invité à manger à 3h de l'après-midi ; nous on cherchait plutôt à boire un coup. Quand on l'a finalement rejoint vers 18h, il nous a offert un thé et s'est excusé pour aller faire une sieste de deux heures (on commençait à avoir un peu la dalle après 20h !). On a fini par manger vers 23h et on s'est couché 'tôt' vers 1h du matin (normalement ils tchatchent jusqu'à 3h). Le lendemain, on est parti se balader avec Olive et en rentrant à 17h, on a eu droit à un repas complet (leur déjeuner et notre dîner !). Encore une sieste de deux heures pour eux pour ressortir vers 10h du soir jusqu'à 1h.. Et hier leur sieste était plus tôt de 15 à 17h pour manger vers 21 h (un repas français !) et le soir, quand on s'est couché à 2h du mat, les gamins à l'étage du dessus étaient encore en train de jouer. Bref, ce soir à l'hôtel (à Hama), on ne va pas faire long feu !! On tombe de sommeil !!!

A part ça que des bons moments avec ces trois gars qui nous ont permis d'en apprendre plus sur leur pays. On vous racontera demain après une bonne nuit de sommeil inch allah !

Claire

lundi 16 février 2009

Femmes

Hier, on est allé voir une ancienne basilique (500 ans après JC) près d'Alep. Dans un paysage de garrigue méditerranéenne et déjà les premières fleurs du printemps. Très chouette, ça ressemble à une église romane, mais avec encore des frises romaines, un drôle de mélange ! Autour des couvents, des maisons d'accueil de pèlerins (en ruine). Tout ça pour un seul homme : Saint Siméon. Un peu spécial le bonhomme : pour se retirer du monde et s'éloigner des hommes, il avait décidé de s'installer sur un pilier à 20 m du sol. De là, il daignait répondre aux questions des hommes... mais sans jamais adresser directement la parole à une femme !!

Aujourd'hui encore, il y en a qui ont un peu de mal avec les femmes... Dans une mosquée d'Alep un petit jeune nous a fait la leçon, mais il n'a pas voulu me serrer la main, pour "préserver sa pureté". Autant dire que que ce genre de réactions me hérissent au plus au point (faut d'ailleurs que j'aille chez la coiffeuse - humour selon Olivier), tout comme ces minettes enveloppées de noir de la tête aux pieds qui vont s'acheter des sous vêtements qu'on ne trouverait en France que dans des sex shop.

Claire

dimanche 15 février 2009

Le souk

C'est le souk comme on dit habituellement, mais ce dicton n'est pas nécessairement adapté. Les petits, voire tout petits commerces sont effectivement serrés les uns contre les autres dans une apparente anarchie mais en fait tout est parfaitement huilé, rodé depuis des siècles. Celui d'Alep regorge de commerçants de gros, qui font du commerce import-export de tout et de n'importe quoi : des draperies, des sangles de camion, du savon, des chaussures... Pour chaque article on trouve des dizaines de magasins regroupés en vrais quartiers qui occupent plusieurs allées, et qui contiennent chacun tout leur stock dans quelques mètres carrés. Les approvisionnements sont problématiques parce qu'aux chameaux et aux ânes se sont substitués des dizaines de petits camions qui se faufilent, se doublent, se croisent entre les commerces là où une foule considérable tente déjà de se frayer un chemin (les rue les plus étroites ne font qu'un mètre de large)...
Un programme d'urbanisme vise à rendre les vieux quartiers commerçants plus vivables ; les rues ont été pavées, les égouts enterrés et des norias de balayeurs nettoient en permanence les allées mais le grand programme de rendre les rues en sens unique reste utopique et sans aucun succès à ce jour !
Les livreurs doivent être payés à la course et ne perdent aucun temps avec un règlement du XXIème siècle !

En matière de souk, celui de Damas est en fait plus agréable : les allées sont de grandes galeries beaucoup plus aérées et les commerces à l'intérieur sont à destination des passants et non d'autres commerçants. L'atmosphère est moins au business et plus au plaisir des yeux : dorures, dentelles, cadeaux, antiquités... Les sollicitations sont paradoxalement bien moins pressantes...
Et en plus il y a des tas de marchands de glaces à la pistache !

Olive

vendredi 13 février 2009

La grande récré

C'est vendredi et jour de priere pour une tres grande majorité des Syriens. Contrairement a ce que l'on aurait pu penser, il n'y a pas de grandes effusions religieuses, pas de rues bloquées par des gens qui prient, tout au plus on a vu une seule personne prier hors d'une mosquée, c'est plutot une vraie journée de détente pour les gens qui profitent de la journée pour flaner en famille. Les monuments comme la citadelle, ici a Alep, sont littéralement prises d'assaut par des milliers de familles avec des momes qui courrent dans tous les sens, grimpent sur les statues et les fragiles reyuines (les conservateurs doivent faire des loopings...) Les ados draguent en arborant ceinturons et blousons D&G pour les p'tits mecs et des foulards irisés pour les mindiettes, c'est asses rigolo... Ensuite tout le monde se retrouve aux terrasses des cafés ou dans des patisseries pour litteralement se goinfrer de sucreries !
Le passage par la mosquée est aussi un grand moment, outre la priere, les gens se retrouvent, discutent, mangent des sucreries (encore...) entourés de gamins qui ont déchausse leurs souliers vernis pour enfiler un (seul) patin a roulettes pour faire des boucles piquées dans l'esplanade de la mosquée.
Ce soir, nous aussi allons feter le week end en allant dans un vrai resto. Ils sont asses rares et compensera on l'espere l'habituel sandwitch au Kebab (brochettes) ou aux fellafel (beignets de pois chiches) qui forment 95 % dec ce que l'on trouve dans la rue.
On devrait pouvoir y deguster des vrais plats syriens cuisinés... inch allah

Olive